Comme dans le reste du monde, les opposants à une guerre contre l'Irak se sont à nouveau mobilisés un peu partout en France le 15 mars. Les manifestations furent toutefois de moindre ampleur que celles du 15 février où des centaines de milliers de personnes étaient descendues dans les rues. A Paris, le cortège, qui a rassemblé environ 60 000 personnes, est parti de la place de la Nation en direction de la place de la République derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire : "Non à la guerre contre l'Irak. Justice et paix au Moyen-Orient".
Cette nouvelle "journée d'action pour la paix" était organisée par un collectif de plusieurs dizaines de syndicats, d'associations pacifistes, antiracistes, de défense des droits de l'Homme ou encore de soutien aux palestiniens, aux kurdes, aux chiliens, aux argentins, aux colombiens et aux zapatistes, du mouvement ATTAC, ainsi que des partis politiques de gauche (les verts furent quasi inexistants) et des organisations dextrême gauche.
Le cortège était bariolé, animé et bon enfant. Les banderoles, pancartes ou panneaux affichaient unanimement "Non à la guerre", et le slogan, scandé par tous les groupes, était "ONU ou pas, la guerre on n'en veut pas". Un pacifisme très soft fut donc le dénominateur commun des manifestants et du patchwork des organisations.
Chaque groupe apportait sa couleur : le rouge des drapeaux du groupe Lutte ouvrière ou de la banderole du parti marxiste-léniniste turc, le noir des tenues, des drapeaux et des banderoles des anarchistes ou dun groupe de femmes, le multicolore des bannières des syndicalistes de Solidaires et toutes les couleurs de l'arc-en-ciel des drapeaux de personnes isolées. Le plus impressionnant furent les bannières dun groupe kurde frappées à leffigie d'Ocalan et les immenses drapeaux palestiniens portés horizontalement par des dizaines de militants.
Chaque groupe se différenciait aussi par ses slogans : "CONTRE LA GUERRE on ne dépose pas nos armes" pour les JC, "Pas dargent pour la guerre, de largent pour les hôpitaux, les maternités" ou "Pas de sang pour le pétrole" pour le PT et "La guerre cest pas un truc de pédés !" pour les panthères roses ; les groupes pro-palestiniens martelaient "Bush-Sharon assassins !", la CNT scandait "Contre la guerre, grève générale !", le camion sono du PCF entonnait "Allons les peuples pacifiques..." sur lair de la Marseillaise, et lUNEF faisait la hola en chantant "Allez Chirac !".
La plus faible mobilisation contre la guerre, à Paris comme dans le monde, est le signe que les manifestants ont bien conscience que ces marches ne changeront pas le cours des événements et que la guerre aura lieu avec ou sans veto à lONU et dans la rue. Pour arrêter la folie belliciste de l'administration Bush, il faudrait des mobilisations dune autre ampleur et surtout des mobilisations qui se situent sur le terrain social et politique. Aucune organisation ne travaille dans ce sens [1]. Elles s'accommodent toutes dun pacifisme qui soulage les consciences. Le pacifisme règne dans les rues du monde mais, dans quelques jours, les peuples irakiens, kurdes etpalestiniens seront sous les bombes de limpérialisme américain.
Serge LEFORT
16 mars 2003
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1] A Paris, quelques groupuscules ont distribué des tracts pour faire la promotion de leur boutique sans proposer dautre action concrète que dadhérer.
© Serge Lefort - Desde Coyoacán