Articles : Moyen-Orient : Irak
Bibliographie : Moyen-Orient : Irak

Le peuple irakien face aux troupes d’occupation

À l’heure où les forces spéciales américaines tirent sur des manifestants à Mossoul et tuent au moins sept civils irakiens, les médias détournent les yeux ailleurs. Ils ont livré les images attendues de la victoire militaire des États-Unis. Le spectacle est terminé.
L’Irak ne fait déjà plus la une de l’information fabriquée par les télévisions, les radios et la presse selon les lois du marché. La plupart des journalistes plient donc bagages en laissant les Irakiens seuls face aux troupes d’occupation.
 
C’est pourtant maintenant et dans les mois, voire les années, qui viennent que le peuple irakien a et aura besoin du témoignage de journalistes et de la solidarité internationale. Il reste à établir le bilan de douze ans de guerre contre l’Irak du point de vue des vaincus.
 
D’abord, le bilan des victimes, celui des soldats et des civils irakiens tués et blessés. Nous avons que ce bilan sera lourd, très lourd. Il s’ajoute à celui des victimes de la première guerre contre l’Irak. Par exemple, les milliers de soldats irakiens enterrés vivants les 23 et 24 février 1991 par la 1er division d’infanterie mécanisée de l’armée américaine, surnommée « Big Red One », et le nombre indéterminé de militaires ou de civils qui souffrent dans leur chair des conséquences des bombes et munitions à l’uranium appauvri.
 
Ensuite, le bilan économique et social de la guerre menée par les forces américano-britanniques de 1991 à 2003 avec ou sans l’aval de l’ONU, et celui des sanctions et de l’embargo imposés par l’ONU à la population irakienne pendant douze ans [1]. Nous savons déjà que le pays est totalement ruiné pour longtemps. Les futurs revenus pétroliers irakiens ne couvriront pas la dette extérieure du pays, la reconstruction des infrastructures pétrolières, industrielles, des réseaux de communications, de l’éducation et de la santé. La société irakienne est minée par la paupérisation et les luttes claniques sur le fond de divisions ethniques et religieuses.
 
Enfin, le bilan politique de la mise sous tutelle de l’Irak par les États-Unis. George W. Bush, porte-parole du Pentagone, va rééditer la politique coloniale des mandats énoncée par Thomas Woodrow Wilson en 1918 et présentée comme une mission pour « accompagner la libération des peuples ».
Le général Maude, commandant des armées britanniques en Irak, affirmait après l’entrée de ses troupes dans Bagdad : « Nos opérations militaires ont pour objectif de vaincre l’ennemi et de le chasser de ces territoires. Pour mener à bien cette tâche, j’ai été investi d’une autorité absolue et suprême sur toutes les régions où les forces britanniques opèrent, mais nos armées ne sont pas venues dans vos villes et dans vos campagnes comme conquérants ou comme ennemis, mais comme libérateurs [2]. »
 
Si le mouvement antiguerre ne pouvait pas arrêter le rouleau compresseur d’une invasion terrestre, programmée depuis longtemps, il peut mettre un grain de sable dans le processus d’occupation de l’Irak par les troupes américano-britanniques pour que le peuple irakien soit le seul maître de son destin.
 
Serge LEFORT
16 avril 2003


[1] L’ONU a prélevé au passage 12% des revenus pétroliers irakiens pour financer ses différentes commissions et agences en Irak.

[2] LUIZARD Pierre-Jean, La question irakienne, Fayard, 2002.

© Serge Lefort - Desde Coyoacán